Laufende Forschungen

Numéro 9

Un ancêtre oublié

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Serge Reubi

Ne possédant pas de colonies, la Suisse ne pouvait sans doute pas devenir un centre d’excellence en ethnologie. Cela ne signifie pourtant pas que la pratique de cette discipline y ait été absente. A témoin, la Suisse, à l’aube du XXe siècle, connaît, comme le reste de l’Europe, une première institutionnalisation en la matière – musées, sociétés savantes et instituts universitaires.

Cela est particulièrement vrai à Neuchâtel. Dès le XVIIIe siècle s’y développe un intérêt pour l’exotique, les voyages et la géographie, et il n’est donc pas tout à fait étonnant que la ville soit prise par la fièvre ethnographique qui enflamme l’Europe à la fin du XIXe siècle. En témoigne une riche institutionnalisation de la discipline: en 1885 est fondée une Société de géographie qui publie un Bulletin renommé et consacré principalement à l’ethnologie africaine, puis un musée ethnographique voit le jour en 1904. En 1912 enfin, une chaire d’ethnographie est créée à l’Université et, deux ans plus tard, son titulaire Arnold van Gennep y organise le premier Congrès international d’ethnologie et d’ethnographie. Mais ce n’est qu’un feu de paille qui s’éteint avec la Première Guerre mondiale.